Claude Bronner : la convention doit être « remise à plat »
mercredi 3 octobre 2007 par NEVIANS Pierre
LE QUOTIDIEN –Que pensez-vous des mesures prises par le gouvernement dans le Plfss 2008 ?

DrCLAUDE BRONNER – Ce sont des rustines. On sent bien que ce n’est pas avec ça qu’on va sauver la Sécurité sociale.
Devant l’immense problème de la mauvaise répartition des médecins, la seule chose qu’on nous propose c’est de trouver les moyens d’empêcher les médecins de s’installer là où il y en a déjà beaucoup. On y viendra peut-être un jour, mais il faut en contrepartie des éléments qui conviennent aux professionnels concernés. Nous nous opposons fermement à tout ce système de réforme par petits morceaux. La solution de la question démographique ne peut se concevoir qu’intégrée à un ensemble de réformes qui prenne en compte toute la problématique. Si les médecins ne peuvent plus s’installer où ils veulent ou s’ils sont obligés d’aller là où ils ne veulent pas, ils feront autre chose que de la médecine générale. Ils en ont la possibilité. Donc, on risque d’aggraver une situation qui n’est déjà pas très bonne. Cette solution est démagogique. Chaque Français voudrait avoir un médecin au pas de sa porte, à toute heure du jour et de la nuit. Moi, je les comprends mais, malheureusement, ce n’est pas possible.
Comment voyez-vous les nouveaux contrats individualisés entre médecins libéraux et assurance-maladie, et l’expérimentation de nouveaux modes de rémunération ?
Cela fait quand même vingt ans qu’on parle d’expérimentations sans jamais les faire. Quand on fait non pas une expérimentation, mais une réalisation comme l’option médecin référent, on la casse. Donc, j’aurais tendance à dire qu’on est dans la droite ligne du passé et que cela n’amènera probablement rien.
A l’issue d’une rencontre entre Espace Généraliste et FMF-Généraliste, les 22 et 23 septembre, les deux syndicats ont dressé un état des lieux commun. Adopterez-vous une stratégie commune ?
Les généralistes de la FMF-Gé et ceux d’Espace Généraliste disent aux spécialistes de la FMF : « Si vous êtes d’accord pour que le volet généraliste de la FMF soit autonome, nous pouvons nous retrouver. » En clair, nous demandons conjointement à la FMF de reconnaître à leurs généralistes une autonomie de décision et de signature. Si les spécialistes de la FMF acceptent cela, il n’y aura plus d’obstacle à un rapprochement-regroupement. On ne voit pas du tout pourquoi les spécialistes pourraient décider et stipuler pour les généralistes, et vice versa.
Sauf que les généralistes sont en théorie devenus des spécialistes comme les autres... N’y a-t-il pas une contradiction ?
Nous sommes à un tournant. Il n’y a pas de contradiction, il y a même une stratégie extrêmement importante. Si les généralistes acceptent d’être noyés dans l’ensemble des spécialités, c’en est fini de la médecine générale en France. Soyons clair. Il faut que les généralistes soient identifiés comme les médecins du premier recours, y compris dans les contrats passés avec l’assurance-maladie et avec l’Etat. C’est cela qui va se jouer maintenant. Le message que nous passons aux spécialistes est le suivant : « Vous n’avez rien à perdre à ce que les généralistes puissent décider pour eux-mêmes et, au sein d’une centrale polycatégorielle, vous vous retrouverez pour discuter de ce qui est en commun. »
Au sujet de la reconnaissance tarifaire de la médecine générale comme spécialité, MG-France est passé à l’offensive sur le C à 23 euros. Quelle est la position d’Espace Généraliste ?
Tout le monde passe à l’offensive. C’était écrit dans les textes : à partir du moment où le médecin généraliste a le document qui le qualifie comme spécialiste en médecine générale, il peut appliquer le CS. Nous n’avons jamais eu le moindre doute là-dessus. La seule question, c’était comment on allait obliger l’assurance-maladie et le gouvernement à accepter cette situation, alors qu’ils ne l’ont pas anticipée du tout. Vous avez vu que l’analyse des textes de l’Ordre des médecins va exactement dans le même sens. Si demain un juge est appelé à faire le même travail, il conclura de la même manière. Depuis plus d’un an, nous disons tous cela. Il n’y a même plus d’offensive à mener. La seule discussion réelle, c’est de savoir à quel moment les généralistes vont tous appliquer massivement le CS pour que l’assurance-maladie n’ait plus le choix. Parce que si chacun monte au créneau tout seul, cela va être une guerre de tranchées un peu stupide. Si, au contraire, nous le faisons massivement, la question sera de toute façon réglée. En effet, je vois mal le gouvernement sortir un décret pour dire que, finalement, l’acte de médecine générale n’a pas la même valeur que le CS. Après, faut-il une autre nomenclature pour la médecine générale ? C’est un autre débat.
L’organisation de notre système de santé est à bout. Tout le monde est d’accord sur le constat qu’il faut autre chose. Mais la seule réponse apportée jusqu’à présent consiste à continuer à faire des réformettes avec les mêmes [partenaires conventionnels, ndlr], en laissant pratiquement un tiers de médecins généralistes en dehors de la moindre discussion. Là, je reviens sur la question de la représentativité syndicale. C’est quand même extraordinaire que, après tout ce qu’a dit Nicolas Sarkozy sur la représentation professionnelle, Espace Généraliste et la FMF-Gé ne puissent pas être reconnus comme syndicats représentatifs. Roselyne Bachelot devrait saisir le moment du passage à la spécialité pour dire : « La convention n’est plus adaptée dans toute une partie de ses dispositions –notamment ce qui concerne le C–, je voudrais la remettre à plat. » Qu’est-ce qu’elle attend ? C’est le moment de mettre tous les représentants professionnels autour de la table.
> PROPOS RECUEILLIS PAR AGNÈS BOURGUIGNON
Le Quotidien du Médecin du : 03/10/2007
NEVIANS Pierre
Articles de cet auteur
0 réaction
